En attendant l'Éden ...

12 mai 2014

Mon île ...

Mon île. Ma grande île.
Le matin quand je me réveille un oiseau chante déjà tout près de moi.
Un bateau au loin sort du port et le soleil dissipe doucement une brume qui dévoile peu à peu la baie.

La baie

Mon île. Ma grande île.
Il en faut des efforts pour rejoindre une de tes plages.
Il en faut des heures de marches sous les arbres, entre les racines pour pouvoir fouler le sable fin.

Racines

Mon île. Ma grande île.
Les chiens dorment au milieu de tes routes.
Ils sont chez eux, assoupis, bienheureux, en sécurité.

Les chiens

Mon île. Ma grande île.
Quand la fatigue nous prend, nous attendons les pieds dans l’eau un bateau qui nous ramènera.
Les oiseaux, les singes et les écureuils nous attendrons sur le chemin du retour.

En bateau

Mon île. Ma grande île.
Il n’y a que le bruit des vagues, du vent et des rires.
Tu es silencieuse à notre modernité.

Silence

Mon île. Ma grande île.
Tes vagues sont puissantes, fortes. Ton sable est fin, chaud parfois noir.
Tes arbres s’entrelacent et ton ciel est sans fin.

Entrelacs

Mon île. Ma grande île.
Le soir, les gens se rassemblent, parlent simple, partage des plaisirs menus.
Une galette qui a le goût du souvenir, un sourire au parfum d’avant.

Le soir

Mon île. Ma grande île.
Je m’allonge en frissonnant un peu sous le vent du large.
Je m’endors sous tes étoiles qui semblent plonger dans tes eaux claires.

Là-bas

Mon île.
Ma grande île.
Pas si grande ...

Mon île

 

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18 avril 2014

Le grand monsieur qui courait

Le grand monsieur courait.

La semaine.
Le week-end.
Les vacances.

Il courait.

En ville.
A la campagne.
A la montagne.
A la plage.

Il courait.

Sous le soleil.
Sous la pluie.
Sous la neige.
Dans le vent.

Il courait.

 Et puis, il rentrait et reprenait sa petite vie.

 

 Un matin, après avoir fait le tour du parc en courant, notre grand monsieur alla à la boulangerie.
« Bonjour, j’aimerais deux baguettes et un chausson,
Pas très raisonnable mais ils ont l’air si bons »
La boulangère sourit en lui disant que c’était rare les clients qui parlaient en alexandrins.

Le grand monsieur sourit.
Il n’avait pas fait exprès bien sûr.

 

Un autre jour, notre grand monsieur partit courir le long de la rivière.
Après une bonne heure de foulées dans le vent, il s’arrêta à nouveau à la boulangerie.
« Bien le bonjour, mademoiselle boulangère,
Après cette course dans le vent, j’ai grand faim
Il me faudrait un ou deux croissants et du pain,
Sans quoi je m’en vais tomber tête la première »
La boulangère servit au grand monsieur une baguette et deux croissants et offrit en plus de son sourire un petit sac de chouquettes.
Des chouquettes contre un quatrain lui dit-elle.

Le grand monsieur était bien surpris.
Il avait à nouveau parlé en vers.

 

 Une semaine plus tard, tôt le matin, notre grand monsieur partit pour un long périple dans les bois.
Une petite pluie rendait le sol glissant mais la mélodie des gouttes sur les feuilles plaisait au grand monsieur.
Après ce long effort, il fit irruption dans la boulangerie.
« Vous êtes si douce avec moi
Qui ne suis qu’un pauvre coureur
Si fatigué et affamé,
Vous êtes si douce avec moi
Offrant sourires et mets sucrés
Pains frais, écoute et chaleur
Vous êtes si douce avec moi
Qui ne suis qu’un pauvre coureur. »

La boulangère toute émue, l’œil brillant lui offrit un chocolat chaud, une brioche au sucre et lui murmura vous avez volé mon cœur avec un triolet, je réchauffe le vôtre avec un petit goûter.

 

Le grand monsieur ne sut jamais si la poésie lui venait à force de course ou à force d’amour.

 

Il continua de courir les matins, de plus en plus loin, de plus en plus longtemps et revint à chaque fois vers sa jolie boulangère.
Il l’invita à diner bientôt avec un rondeau.
Lui proposa de se fiancer avec un sonnet.
Lui demanda sa main dans un alexandrin.
Et après avoir couru un marathon, il écrivit une pièce en trois acte pour la naissance de leur premier garçon.

 

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13 décembre 2011

Mon coeur scintille

J’ai quatre ans, je m’envole dans la cour de récréation. Le soleil joue avec les feuilles des arbres, les buissons dégagent une odeur forte qui m’enivre un peu. Je cours du toboggan aux balançoires, j’attrape une amie par la main. On tourne un peu ensemble puis on se réfugie dans la cabane. Je ris aux éclats, la vie est légère et mon cœur scintille comme mes vernis rouges.

 J’ai quinze ans, je marche dans les combes la journée, je ris avec les autres, je me fonds dans leur masse. Je respire le bon air et j’avance d’un bon pas. Je goûte la liberté d’être une parmi d’autres. Je frôle sa peau parfois. Je souris à ses regards. Je rougis à ses sourires. Et à la nuit tombée, mon cœur scintille comme ces étoiles que je regarde sa main dans la mienne.

 J’ai 26 ans, je musarde dans la grande ville, j’ai la vie devant moi et tout ce que je veux de la vie. Tout se construit, tout grandit et moi avec. Je porte un anneau à un doigt. Je porte un petit être en moi. Je suis forte et fière. Je sais où je vais, j’ai la certitude d’avoir fait les bon choix. J’avance bien droite et mon cœur scintille comme ces bougies que je souffle.

 J’ai 41 ans, je chemine et je cherche un souffle que l’on m’a pris. J’ai croqué ce qu’on m’a offert, j’ai ouvert les bras aux belles surprises de la vie. J’ai mordu dans les fruits que l’on m’a tendus. J’ai passé mes doigts dans la douceur d’un amour fou. Et puis j’ai fermé les yeux quand on me l’a repris. J’ai aspiré un grand coup mais ce n’est qu’un brin d’air ténu qui m’est parvenu. Alors nuit et jour, mon cœur scintille comme mille petits morceaux coupants éparpillés à mes pieds.

 J’ai 83 ans, je continue à vivre par habitude. L’amour, la folie me paraissent bien dérisoires. Je regarde la jeunesse s’abreuver des joies enivrantes qu’offre la vie. Je sirote mon thé, je caresse mon chat, je regarde des photos, le sourire lassé d’avoir pleuré, la tête perdue d’avoir cherché. La solitude est une compagne douce et agréable. Et mon cœur scintille comme ce soleil pâle qui se couche derrière la fenêtre.

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19 juin 2011

Frissons ...

C’est l’été, pile aujourd’hui. En fait non, nous sommes demain depuis une heure. Il fait nuit noire et on attend, tous ensemble, au bord de la route pour ranger les instruments dans le camion. On rit, on chante, on se frotte les yeux et le petit vent trop frais pour la saison passe entre nous et nous rappelle qu’on a joué longtemps, que nos bras sont raides, que nos jambes sont lourdes. Et posée contre l’épaule d’un autre, un frisson de fatigue me serre les côtes et fait trembler mes bras.

C’est tôt. Trop tôt en ce matin d’octobre. Ma couette, lourde sur mon dos me protège du monde extérieur, de la réalité, de la journée à venir. Elle me garde au chaud sous ses plumes, me couve, me dorlote et me cache ce soleil qui pointe déjà ses rayons à travers la fenêtre ouverte. Et puis il faut bien que je me fasse violence et que je me lève. Alors je soulève l’édredon, je pousse sur mes bras et m’assied au bord du lit. Et encore dans les brumes, encore engourdie de sommeil, un petit frisson part du bout de mes orteils et persiste en remontant tout le long de mon corps, faisant fuir les dernières bribes de songes.

C’est janvier, le froid est mordant et ma gorge me brûle. Un millier d’aiguilles s’y sont logées. Chaque goulée d’air est une torture, ma tête tourne comme un manège, tous mes muscles me font souffrir. Chaque geste, chaque souffle demandent un effort douloureux. Au creux de mon canapé, sous ma couverture, ma peau est brûlante et pourtant mon corps semble plongé dans la glace. Un thé à la main, je grelotte et frissonne sous les assauts de la fièvre.

C’est mars, je suis seule dans l’appartement, il est tard, la lune me regarde à travers la fenêtre. Le film vient de finir et soudain le silence est presque palpable autour de moi. Pas une lumière,  pas un bruit hormis mes pas sur le parquet. Les portes entrouvertes bougent légèrement sur mon passage. Et je ne dois pas laisser mon imagination s’élancer sur le chemin de la crainte. Pourtant, je sens se dresser sur ma nuque mes petits cheveux au fur et à mesure où j’avance le long du couloir et un frisson de peur me secoue les épaules.

Septembre est de retour. L’été s’étire paresseusement, les après-midi sont encore chauds. Je sens ses mains caresser doucement ma peau, je sens ses doigts s’aventurer sous mon pull, soulever l’étoffe, je sens sa peau effleurer la mienne, je sens son visage tout prêt du mien, son souffle dans mon cou puis ses lèvres goûter les miennes. Et au creux de mon dos, doucement monte un frisson de désir.


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03 juin 2011

Irais-je ...

Si je pouvais remonter le temps, récupérer les minutes, rattraper les heures. Si je pouvais explorer les siècles et les années ... que ferais-je?

Irais-je me promener le long du chemin de Saint Jacques, pérégrine parmi d'autres, voir ces visages burinés par le froid, le vent ou le soleil mais portés par une foi sans pareille?
Irais-je me mêler à la foule heureuse et enthousiaste au pied de ce mur berlinois qui s'effondre, écouter Mstislav Rostropovich et son violoncelle?
Irais-je jeter un oeil au dessus de l'épaule de Chrétien de Troyes composant Le Chevalier de la charette, regarder ses expressions, le voir hésiter sur les rimes et les mots?
Irais-je contempler ces tribus amérindiennes sur leurs territoires, encore maîtres de leur destin, maître de leurs croyances?
Irais-je naviguer sur le Nil pour remplir mes yeux de la splendeur pharaonique, caresser les chats sacrés et peindre mon regard de khôl?
Irais-je écouter, les seins nus et le regard flou, Joan Baez lors d'un festival mythique près de Bethel?
Irais-je me pavaner les cheveux courts dans ces années folles, pantalons larges, cigarettes au bec et alcool fort à la main?
Irais-je ...

Je ne sais pas ...

Peut être souhaiterais-je juste me retrouver dans cette voiture, à l'abri dans ce parking, loin de la fureur du monde, lorsqu'il m'a dit pour la première fois, les larmes aux yeux, qu'il m'aimait.

 

 

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25 janvier 2011

Il était une autre fois ...

- Il y a un loup dans ma cuisine. Oui, je sais. C’est pas la peine de me le répéter trois fois.

- Et c’est sensé être normal ?? Hein, Chap ? C’est normal ?

- Ha ben oui, pour cuisiner, c’est plus pratique …

- Oh, c’est malin, tiens … non mais ma question, c’était plutôt pourquoi il est là, le loup ?

-Parce que tu préfèrerais qu’il soit où ? Dans sa tanière à fomenter des plans ? Dans les bois à rôder ? Au sommet de la montagne, pour inspirer et expirer à plein poumons ?

- Oh, l’ironie, t’es pas obligée de me la servir à chaque fois … Allez raconte … c’est quoi cette histoire ? Depuis quand l’horrible chose noire à grandes dents est ici …

- D’abord, il n’est pas horrible ensuite il a le poil plutôt soyeux, les yeux doux et l’humour malicieux.

- Ouais …

- Et puis honnêtement … entre dehors à tourner en rond de faim ou dans ma cuisine à apprendre à concocter de bons petits plats, je serais toi, j’hésiterais pas …

- Faut voir, il apprend quoi, le porc sauce-aigre douce ?

- Tout de suite … j’suis pas folle non plus … non, il adore les champignons à la grecque, la ratatouille et là il s’essaie aux aubergines à la parmesane …

-Et il est doué ?

- Je serais toi, je la ramènerai pas trop « Mr maison en chaume » … En chaume, c’te honte … Lui, il s’en sort pas mal, il est doué de ses mains…

- Tu m’étonnes …

- On fera peut être un p’tit dîner un de ces soirs. Tu préviendras tes frères, j’appellerai Pierre et on essaiera de joindre Blanchette quand elle sera revenue de son trekking.

- T’es sure de ton coup, là ?

- Ben oui, pourquoi …

- Alors ? Elle va comment le Chaperon Rouge ?

- Ça va frérot, ça va … J’crois qu’elle a vu le loup, en fait …

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17 janvier 2011

Un concentré ...

Prendre votre petit sentiment doux amer et le faire sécher longtemps, très longtemps au soleil de la vie. Finir par l’oublier dans un coin, le prendre pour ce qu’il n’est pas, le ranger et ne plus y penser. Ensuite faire couler le temps inexorablement. Puis le découvrir à nouveau, lui donner trois gouttes d’espoir et laisser gonfler. Rajouter le sucré d’un sourire, la douceur d’une ridule et la chaleur d’une fossette.  Laisser infuser avec un peu de surprise. Mélanger le tout à un brin de reconnaissance et trois grains de folie. Épicer d’une once de souffle perdu. Glisser une larme de chagrin. Laisser reposer en silence.

Et ensuite, déguster avec une infinie précaution, par toutes petites doses et les yeux grand ouverts ce concentré d’amour

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07 janvier 2011

J'ai vu les crocs de la terre ...

Avant, je me promenais dans l'herbe grasse. Je foulais tranquillement les bois, les prairies vertes.
Avant, je me reposais au creux des arbres, protégé de leurs bras.
Avant, je contemplais sereinement le ciel si grand, si clair que l'on pouvait s'y perdre.
Avant, je dormais sous les étoiles qui donnaient aux arbres et aux fleuves ces reflets argentés et fantomatiques.
Avant, je parlais, je devisais, je souriais, je vivais au milieu de tout ceux qui, comme moi, s'émerveillaient chaque jour devant tous ces miracles.
Avant, je veillais la lune pour qu'elle chemine en paix.
Avant, je laissais le soleil chauffer ma peau.
Avant, je jouais avec le vent qui frôlait mon dos, jouait avec mon souffle.
Avant, je goûtais chaque délice sucré sous mes dents.
Avant, je ne désirais rien, je me laissais aller au gré de mes allers et venues.

Et je le vis. Offert là parmi tant d'autres. Pourquoi pas après tout.
Pourquoi non? Qu'a-t-il de si spécial? Et si je me laissais aller. Si je goûtais ce fruit charnu, sûrement sucré, probablement croquant ou fondant qui sait. Mais pas seul.
Il me faut un partenaire, une créature aussi curieuse que moi. Une créature qui aime autant que moi ce lieu qui nous offre chaque jour des merveilles supplémentaires. Une créature qui ne craint pas l'aventure. Une créature qui sait apprécier les belles et bonnes choses. Une créature qui sait la vie précieuse.

Alors à deux, elle et moi, nous nous sommes approchés.
Elle et moi, nous avons voulu savoir.
Elle et moi, nous avons voulu connaître.
Elle et moi, nous avons voulu étancher notre soif.
Elle et moi, nous avons admiré la beauté du fruit.
Elle et moi, nous avons respiré son doux parfum.
Elle et moi, nous avons apprécié le velouté de sa peau.
Elle et moi, nous avons posé nos lèvres.
Elle et moi, nous avons enfoncé nos dents dans sa chair.

Et ce fut un goût et un délice sans nom. Une joie indicible. Une idée de la perfection.
Les yeux fermés, elle et moi touchions le paradis.

Et puis, il y eut un déchirement dans le ciel, un rugissement dans nos têtes.
J'ai vu les crocs de la terre se refermer sur nous.
J'ai entendu la colère de ce monde se déchaîner sur nos corps.

Depuis, elle devrait crier en donnant la vie.
Depuis, elle devrait être soumise et faible et dépendante.
Depuis, elle devrait errer repentante portant la faute comme une marque honteuse.
Depuis, je devrais ramper.
Depuis, ma langue devrait être fendue et siffler les sarcasmes et les malédictions.

Mais depuis, j'ai quitté ce corps déchu.

Dorénavant, je suis cette voix ténue, tenace au fond de sa tête.
Je suis cette fierté qui lui fait serrer les dents.
Je suis ce regard qui affronte, qui s'oppose, qui attaque s'il le faut.
Je suis cette envie jamais, jamais repue de savoir encore et toujours.

Je suis tapi, à tout jamais, au creux de chaque fille d'Ève.

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20 décembre 2010

Simon, le chat et moi ...

J'ai 10 ans.
Je m'appelle Maé.
Simon, le chat et moi, on est inséparable.

Simon, c'est mon voisin. C'est mon meilleur ami.
Il a un an de plus que moi, on a grandi ensemble depuis les couches culottes jusqu'aux pantalons troués.
Simon c'est un gentil.
Il me dépasse d'une tête, tout le monde lui dit qu'il devrait faire du rugby, mais il regarde les gens avec ses grand yeux bruns et il hausse les épaules. Lui, il veut se promener dans la forêt, écouter la lumière du soleil et boire l'air frais de notre campagne.

Le chat, c'est Tripatouille.
On l'a appelé comme ça parce que le soir où je l'ai trouvé, il pleuvait à verse. Simon et moi, on jouait aux cartes sous le porche et j'ai vu cette bestiole toute maigre qui marchait sur trois pattes dans l'allée, trempée jusqu'aux os. Alors forcément, on est allé la chercher. On a ramené le chaton à l'intérieur pour le sécher, le soigner. Il miaulait comme un perdu, il traînait sa patte arrière avec un air misérable.
Au bout d'une coupelle de lait, il miaulait moins, avec un coussin il ronronnait et quand on a fait mine de nous éloigner, il a sauté pour nous suivre en oubliant de boiter.
Quand on lui a fait remarquer, il a brièvement trébuché pour donner le change mais devant nos rires, il a renoncé.
On l'a adopté, on avait pas le choix.
Alors pour nous moquer de notre trois pattes à la noix. On l'a appelé Tripatouille.

Simon, le chat et moi, on vadrouille dans les champs environnants. On s'aventure. On explore. On fait les 400 coups. C'est Tripatouille qui a souvent les meilleures idées mais faut être honnête, on n'est pas en reste pour trouver des choses à faire. Moi, j'ai besoin de bouger. A la maison, il y a rarement du monde, alors je préfère sortir. Être seule dehors c'est moins angoissant que seule dans la grande maison. Je grimpe aux arbres, je dévale les sentiers sur ma bicyclette, Tripatouille dans le sac à dos. Tous les trois, on pique du raisin dans les vignes, on pêche à la rivière, on aide Papi Denis dans son jardin parce qu'on l'aime bien et parce qu'il nous donne des chocolats, on tire la langue à la vieille Fargeton, celle qui noie les chatons et on court se réfugier dans la cahute de la sorcière. Un vieil abri abandonné qu'on a rafistolé comme on a pu.


J'ai 10 ans.
Je m'appelle Simon.

Je vis dans ce village depuis toujours. Mais toujours à 10 ans, c'est à la fois énorme et pas grand chose.
Je passe mes journées dans la nature, marcher dans les bois, sentir la lumière du soleil au printemps, goûter la neige de février.
Et surveiller Maé. Veiller sur elle.

Maé, c'est ma voisine. Je l'ai toujours connu et à 10 ans, connaître quelqu'un depuis toujours, c'est tout un monde.
Maé, c'est ma petite sœur, c'est mon amie, ma meilleurs amie.
Là où je marche, elle court, là où je sens la lumière, elle veut être éblouie, là où j'observe, elle grimpe.
Elle a toujours des idées farfelues et les pires, elle dit que c'est Tripatouille qui les lui a soufflées ...
Je fais semblant de la croire. Elle fait semblant de croire que je la crois.
Et on part dans un éclat de rire.
Alors, je veille sur elle.

On a adopté un chat.
Un roublard, un coquin. Un aventurier.
Il est venu nous apitoyer un soir d'orage, comme dans les contes, en traînant la patte, en jouant le blessé. On l'a nourri, soigné, choyé. Le tricheur ... il a oublié de boiter. Qu'est-ce qu'on pouvait faire, remettre dehors un si bon comédien? Mal nous connaître. Le rire de Maé m'a convaincu et puis ça lui ferait de la compagnie. Maé et Tripatouille, toujours ensemble. Le chat sur l'épaule, dans les jambes, dans le sac à dos.
Elle rentre de l'école et il est là à l'attendre. Mieux que ses parents absents. Occupés. En voyage.

On a une cabane, un refuge pour se protéger du monde, des autres, de nos bêtises. Notre forteresse, où nous fomentons des attaques contre la sorcière qui fait pleurer Maé en noyant les chats, où nous cherchons comment faire sourire Papi Denis et ses chocolats, où nous réfléchissons à nos courses-poursuites en vélos, aux arbres à escalader, aux rivières à goûter.

Maé, le chat et moi, c'est toute une vie. Toute ma vie.


J'suis pas bien vieux.
Je m'appelle Tripatouille.

La première fois que je les ai vus, je me suis dit qu'il fallait que j'en sois. J'étais pas bien lourd, pas bien gros, mais fallait que je trouve une solution pour rentrer dans leur jeux. Alors j'ai joué le tout pour le tout, le chaton perdu, blessé et frigorifié. Ca a super bien marché. Nourri, séché, logé ... mais je me suis laissé aller. M'en ont pas voulu.

Maé, elle est intrépide, elle m'embarque dans toutes ses aventures, sur ses épaules, dans son sac, elle me parle sans cesse peut être pour combler le silence de la grande maison. Elle court dans la lumière, elle pédale dans les descentes, elle crie dans l'eau froide. Elle pleure aussi parfois devant la revêche tueuse de chat. Elle sourit au vieux monsieur du jardin.

Simon, il la surveille comme le lait sur le feu. Il veille sur elle. Peur qu'elle s'embrase. Peur qu'elle se fasse mal. Il sourit parce que lui, il est plutôt calme, il est contemplatif. La forêt, l'eau, la lumière, il se promène au travers. Lui, il me gratte entre les deux oreilles. Il me chuchote des mots sur elle.

Ils m'emmènent parfois dans leur cabanon. Il y a des couvertures, on y est bien pour dormir, pour grignoter. Ils discutent des heures ensemble, me caressent le dos, riant fort ou murmurant.

Maé, Simon et moi, on fait une sacrée équipe.

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J'ai 15 ans.
Je m'appelle Maé.

Simon, le chat et moi, on vadrouille moins.
Tripatouille fait des expéditions punitives la nuit pour prouver à tout le voisinage que le plus grand chasseur de souris, c'est lui.
Je le soupçonne aussi d'aller conter fleurette aux minettes du canton.
J'ai surpris un chaton faisant semblant de traîner la patte la semaine dernière. La roublardise est dans les gènes. Il nargue beaucoup la vieille Fargeton. Il passe devant chez elle au moins huit fois par jour. Ce chat ne feule jamais hormis en sa présence.

Simon passe encore de temps en temps.
Mais il a encore grandi. Pas de partout en même temps.
Sa voix change et il regarde de plus en plus souvent Mélanie la jolie blonde qui attend le car pour aller au collège.
Il reste le même, lunaire, doux, timide.

Moi aussi, je suppose que je change. Je le sais. Je le vois. J'évite juste de le montrer.
On se raconte toujours plein de chose mais certaines qu'il me confie font mal et d'autres, je n'ose pas lui dire.

Je continue de monter dans les arbres, je dévale les pentes à toute allure, je plonge dans l'eau glacée de la rivière. J'essaie toujours de rentrer le plus tard possible. Pas plus de monde qu'avant à la maison. Juste le chat et moi. J'allais beaucoup lire dans la cahute. Je sais que Simon y vient aussi. Je retrouve des livres à lui. Mais dernièrement, j'ai retrouvé un tube de rouge à lèvres. Le même que celui que Mélanie se plaignait d'avoir perdu.
Alors la cabane, depuis, je m'y sens moins à l'aise.


J'ai 15 ans.
Je m'appelle Simon.

Je marche moins dans les bois, je goûte encore la lumière du jour mais plus si souvent.

Je grandis, je dépasse tout le monde, mes épaules larges me gênent un peu mais en même temps, je me rends bien compte que certaines s'y intéressent.
Certaines, pas toutes. Pas Elle.
Ma voix change aussi, certaines se moquent. Certaines, pas toutes. Pas Elle.

Elle, elle ne change pas. Elle court encore, elle file, elle rit, elle risque. Elle m'écoute quand je lui parle, encore Petite soeur, toujours mon amie, ma meilleure amie. Mais quoi d'autre aussi.
Je veille sur elle mais de loin. Elle n'a plus besoin de moi. C'est toujours la plus casse-cou des deux, mais je sais qu'elle est forte. C'est toujours la plus seule des deux, mais je suppose qu'elle s'en accommode.

Et puis, il y a Tripatouille. Le grand chasseur, le grand Dom Juan. Toute une descendance de comédiens, de menteurs. Il continue nos complots contre la sorcière qui fait toujours pleurer Maé (même si elle me le cache maintenant), il passe de longues heures sur les genoux de Papi Denis au soleil. Il grimpe, il court, il file. Et il revient toujours vers elle.

Je vais encore à la cabane. Je sais qu'elle y passe, elle y laisse un livre, un foulard, une trace de parfum. Moi, je vais lire, toucher son foulard, respirer sa fragrance. Une fois, j'ai emmené Mélanie, elle a pas aimé, trop sale, trop petit, trop d'elle peut être aussi. Depuis, j'ai l'impression que la cabane a perdu un peu de son âme.

Maé, le chat et moi, c'est plus si simple.


J'suis plus si petit.
Je m'appelle Tripatouille.

J'ai pris mes marques. J'ai mes habitudes au village. La revêche à effrayer. Matin, midi et soir. Parfois même la nuit. Je reste sous ses fenêtres et je miaule, je feule, je fais le dos rond. Je m'amuse follement. Il y a aussi le vieux monsieur du jardin. Il m'aime bien. Il aime pas trop la revêche, je crois. Il sourit en douce devant mon cinéma. Il me donne du thon, des restes de melons. Et puis j'entraîne mes rejetons dans son jardin, faut bien qu'ils apprennent à jouer la comédie.

Maé, elle grandit, elle ne veut pas que ça se sache, mais elle grandit. Elle court toujours autant, elle frissonne toujours dans l'eau froide, mais elle a aussi des gestes, des regards qui viennent de loin, presque de plus tard. Elle me confie des choses au creux des oreilles, des choses qu'elle ne veut pas dire aux autres. A Simon.

Simon aussi change. Il dépasse tout le monde, il attire les regards, il s'en rend compte. Mi gêné, mi épaté. Il regarde le monde avec un œil nouveau. Il la regarde encore aussi. Mais il ne sait plus comment faire, comment lui parler. Elle file entre ses doigts. Alors, il file dans les doigts d'une autre.

La cabane tient encore debout. J'y passe de longues après-midi, au creux des coussins avec Maé quand elle lit, sur les genoux de Simon quand il vient faire une sieste. Mais depuis quelques temps, Maé vient moins et une blonde m'a évincé.

Maé, Simon et moi, c'est plus tout à fait la même histoire.

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J'ai 20 ans.
Je m'appelle Maé.

Simon, le chat et moi, ça me parait une autre vie.
Il est parti étudié loin.
Moi, j'étudie de la maison.

Lui, le doux de la nature dans la grande ville avec la belle Mélanie.
Ça m'assassine un peu à chaque fois que j'y pense.
Il rentre certains week-ends.
Nous passons nos soirées à parler de tout, de rien, à se confier, tous les deux au fond du canapé.
Une certaine complicité retrouvée.
Mais il y a quelque chose qui flotte entre nous.

Tripatouille mène sa vie de chat. Il est une sorte de parrain de la mafia féline des environs. La vieille Fargeton le traite de bête du diable. Ça amuse beaucoup Tripatouille. Le papi Denis est mort depuis un moment déjà. Tripatouille a passé une semaine à traîner dans son jardin ... Une âme en peine. il est venu avec moi à l'enterrement.

Je continue de grimper aux arbres. Je me baigne dans la rivière glacée. Je dévale les pentes avec mon vélo. Je me laisse courtiser. J'étudie. La maison est vide, peut être encore plus qu'avant. Seuls des amants de passage font du bruit parmi les meubles. Il ne restent jamais longtemps, à quoi bon.

Le cabanon est à l'abandon. Aucun enfant n'est venu l'investir. S'inventer des aventures dans les bois.



J'ai 20 ans.
Je m'appelle Simon.

Je suis partie dans la grande ville. Mélanie m'a pris par la main et je me suis laissé faire. Au milieu du bruit, de la course, j'essaie de trouver mes marques. Il n'y a plus d'arbres, de champs, de rivière.
Je rentre de temps en temps. Je la retrouve, Elle.

Elle, elle est restée là-bas, dans la grande maison vide. Je vais la voir quand j'y retourne. Elle me raconte sa vie, les arbres, le village, Papi Denis qui est parti. On rit comme deux mômes, comme avant, on se retrouve. Parfois, j'aperçois un pull, un tee-shirt d'homme. Elle vit sa vie. Je vis la mienne.

Elle me raconte aussi Tripatouille en deuil dans le jardin de Papi Denis, en colère devant la sorcière. Son règne en seigneur et maître sur le territoire.

Je ne vais plus me promener dans les bois. La cabane est complètement à l'abandon. Pas de vadrouilleurs, pas de casse-cous, pas d'aventuriers pour reprendre le flambeau.

Maé, le chat et moi, c'est une autre vie.


J'suis plus tout jeune.
Je m'appelle Tripatouille.

Je me promène partout comme chez moi. Tout le monde me connaît. Personne ne m'ennuie. Le vieux monsieur du jardin est parti. Ça a fait sourire la vieille revêche. Je l'ai attendu longtemps sur le banc au soleil mais il n'est pas revenu. Maé m'a emmené au cimetière, elle m'a expliqué.

Maé, elle, elle est restée dans la grande maison au milieu de ses livres, de ses feuilles, avec moi couché dessus. Des hommes passent parfois, ne restent pas, me parlent pas. Elle court toujours, nage toujours, rit toujours, grimpe encore aux arbres. Mais elle soupire aussi.

Simon, lui, il est dans la grande ville, loin des arbres, des rivières, de la lumière et de son rire. Il rentre parfois. Ils parlent tous les deux sur le canapé des heures durant. Simon, avant de partir, il me souffle à l'oreille de prendre soin d'elle. De sa Maé. Dans le ton, dans le choix des mots, je sens le dilemme. Le déchirement.

Le cabanon est à l'abandon. J'y retourne histoire de montrer à tout le monde qu'on ne peut pas s'y aventurer comme ça. Mais sans mes comparses, c'est plus tout à fait pareil.

Maé, Simon et moi, on fait bande à part.

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J'ai 25 ans.
Je m'appelle Maé.

Simon, le chat et moi, c'est de l'Histoire. Du Passé.

Tripatouille a rendu sa vie de chat, il y a deux jours.
Il vieillissait, sortait moins, ronronnait sur son coussin devenu un peu trop petit pour lui. Me faisait sourire en me rejouant le coup de la patte qui traîne pour mendier du rab de thon.
Et puis un matin, Tripatouille ne s'est pas réveillé.

Et moi, toute seule, dans la maison. En larmes, dans les escaliers en bois, comme une môme de 10 ans. Que pouvais-je faire ...

J'ai appelé Simon. Il a décroché tout de suite.
- Tripatouille est mort.
- J'arrive.
Rien d'autre. Rien de plus.
Deux heures plus tard, il était là.
Il est descendu de sa voiture, a marché droit sur moi adossée au mur de la maison.
Puis, il a pris mon visage dans ses mains, a essuyé des larmes et a posé ses lèvres sur les miennes.

-Alors maintenant, c'est plus que toi et moi.

Il a pris ma main, m'a fait entrer dans la maison. Il a pris doucement Tripatouille dans ses bras. Il nous a emmenés à la cabane et nous avons enterré notre chat.

Le lendemain, un chaton qui traînait la patte est venu nous réclamer un peu de lait.
Simon n'est jamais reparti.



J'ai 25 ans.
Je m'appelle Simon

Je vis dans la grande ville. Elle me mange. J'ai fini mes études, je pourrais retourner auprès des miens. Mais je n'arrive pas à fuir.
J'aimerais sentir le vent dans mon cou, j'aimerais fouler l'herbe, j'aimerais me reposer contre un arbre. J'aimerais entendre un rire.

Je ne l'avais pas vue depuis si longtemps. Mais à sa voix, j'ai su que quelque chose n'allait pas. A son souffle.
Et puis une évidence. J'arrive.
Et deux heures de conduite, de souvenirs, de certitudes. Et quand j'arrive, elle est là, contre le mur de la grande maison, les cheveux emmêlés, seule. Vraiment.
Alors, je sais que je suis dans le vrai, je me dirige vers elle, je prends son visage dans mes mains et pour la première fois en 25 ans, je pose mes lèvres sur les siennes.

La cabane a retrouvé son âme, notre chat se repose là-bas, notre Tripatouille veille sur les lieux. Il chasse à tout jamais les sorcières et retourne se reposer sur les genoux de Papi Denis.

Au petit matin, sur la terrasse, un chaton boitillant a fait son apparition. Il est entré dans la grande maison et n'en est pas ressorti.
Comme moi.

Maé, le chat et moi, c'est une vie.


J'étais vieux.
Je m'appelais Tripatouille.

J'ai perdu, la vieille revêche m'aura survécu. Mais j'ai toute une descendance qui va reprendre le flambeau. Et puis, je vais revoir mon vieux monsieur, il a peut être un jardin. J'ai passé mes derniers mois au chaud dans la grande maison, sur mon coussin parfaitement à ma taille, à me remémorer les belles histoires, les vadrouilles, les boitillements, les regards et les mots tus.

Maé, elle était seule mais elle était fidèle à elle-même. Elle me racontait les arbres, l'eau froide, le vélo qui avait crevé. Elle riait parfois dans les bras d'un homme. Elle pleurait parfois devant une photographie.
Elle a pleuré le jour de ma mort. Je m'en suis presque voulu. Toute seule dans l'escalier de la grande maison, des sanglots. Et puis d'un coup, elle s'est levée, elle a pris le téléphone et je savais qui elle appelait. Et je savais que je n'avais plus à m'en vouloir. Je savais qu'il ferait la bonne chose.

Simon, il l'a fait. Il lui fallait un signe à notre lunaire. Mais, il a compris. Il est redevenu le môme de 10 ans qui devait veiller sur elle. Il a compris qu'elle était un peu de sa lumière, de son air. Qu'elle était forte, vive mais qu'elle avait besoin qu'on veille sur elle.

Ils m'ont emporté dans le cabanon. A côté. J'ai toujours aimé cet endroit. Une idée de vie sauvage, de vie rêvée, de vie en devenir qui a rôdé là-bas.

Maé, Simon et moi, c'est leur histoire qui commence.


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24 novembre 2010

Figé ...

Un matin, mais était-ce bien un matin, il fallut se rendre à l’évidence : le temps avait bel et bien disparu. Et tout, en une seule seconde, s’était figé.

Figé le sourire de la jolie boulangère au jeune homme ébouriffé  venu chercher sa demie-baguette comme tous les jours. Et figée aussi derrière son sourire, cette idée qu’elle aurait bien partagé avec lui l’autre moitié de la baguette.

Figé le ballon entre ces deux enfants. Les bras écartés, volant presque à force de courir. Bouche ouverte, yeux brillants, des cris plein les joues, plein les mains, plein la tête. Attrape ! Cours !  Rattrape-moi ! Saute ! Regarde-moi, existe avec moi !

Figé  ce couple, ils venaient de s’embrasser pour la première fois en quinze ans qu’ils se connaissaient. Et la multitude de question qui déferlait comme leurs lèvres se séparaient, s’est arrêtée en plein vol. Pourquoi moi ? Que me trouve-t-il ? Il m’aime ? Depuis tout ce temps ? Qu’ai-je fait ? Pourquoi elle ne m’a pas repoussé ? Alors elle aussi ? Depuis si longtemps ?

Figée le chien qui s’élançait après un pigeon, sa maîtresse accrochée à la laisse. Les deux pattes levées dans l’espoir d’attraper ce volatile qui le narguait tous les matins. Laisse-moi juste un peu de lest, juste un peu d’espace, juste un peu d’élan. Juste …

Figée la fumée qui montait de la tasse à thé de cette jeune maman. Elle savourait l’instant présent. Son mari était parti travailler, son bébé dormait encore. 10 minutes pour moi, 10 minutes de silence, 10 minutes sans tension, les épaules relâchées, l’odeur du thé et la lumière du matin.

Figé le mouvement du balayeur sur le trottoir d’en face. La mine pensive, il se demandait si ce soir il allait finir son livre, regarder son documentaire sur l’Himalaya ou dormir et oublier les remarques anodines mais blessantes lancées par les passants tous les jours.

Figée la main de l’étudiant à peine parvenue au réveil. Les sourcils froncés, les yeux encore clos, l’envie de replonger tenace. Pas ce matin, pas le bus, pas ce cours, pas ce prof, pas aujourd’hui. Pas la force, pas l’envie, plus le goût.

Un matin, mais était-ce bien un matin, il fallut se rendre à l’évidence : le temps avait bel et bien disparu parce qu’en sortant de l’ascenseur sa main à Elle avait frôlé ma main à moi … Et puis, il fallut se rendre à l’évidence : elle avait disparu au coin de la rue et le temps avait repris sa route.

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