J’ai quatre ans, je m’envole dans la cour de récréation. Le soleil joue avec les feuilles des arbres, les buissons dégagent une odeur forte qui m’enivre un peu. Je cours du toboggan aux balançoires, j’attrape une amie par la main. On tourne un peu ensemble puis on se réfugie dans la cabane. Je ris aux éclats, la vie est légère et mon cœur scintille comme mes vernis rouges.

 J’ai quinze ans, je marche dans les combes la journée, je ris avec les autres, je me fonds dans leur masse. Je respire le bon air et j’avance d’un bon pas. Je goûte la liberté d’être une parmi d’autres. Je frôle sa peau parfois. Je souris à ses regards. Je rougis à ses sourires. Et à la nuit tombée, mon cœur scintille comme ces étoiles que je regarde sa main dans la mienne.

 J’ai 26 ans, je musarde dans la grande ville, j’ai la vie devant moi et tout ce que je veux de la vie. Tout se construit, tout grandit et moi avec. Je porte un anneau à un doigt. Je porte un petit être en moi. Je suis forte et fière. Je sais où je vais, j’ai la certitude d’avoir fait les bon choix. J’avance bien droite et mon cœur scintille comme ces bougies que je souffle.

 J’ai 41 ans, je chemine et je cherche un souffle que l’on m’a pris. J’ai croqué ce qu’on m’a offert, j’ai ouvert les bras aux belles surprises de la vie. J’ai mordu dans les fruits que l’on m’a tendus. J’ai passé mes doigts dans la douceur d’un amour fou. Et puis j’ai fermé les yeux quand on me l’a repris. J’ai aspiré un grand coup mais ce n’est qu’un brin d’air ténu qui m’est parvenu. Alors nuit et jour, mon cœur scintille comme mille petits morceaux coupants éparpillés à mes pieds.

 J’ai 83 ans, je continue à vivre par habitude. L’amour, la folie me paraissent bien dérisoires. Je regarde la jeunesse s’abreuver des joies enivrantes qu’offre la vie. Je sirote mon thé, je caresse mon chat, je regarde des photos, le sourire lassé d’avoir pleuré, la tête perdue d’avoir cherché. La solitude est une compagne douce et agréable. Et mon cœur scintille comme ce soleil pâle qui se couche derrière la fenêtre.