C’est l’été, pile aujourd’hui. En fait non, nous sommes demain depuis une heure. Il fait nuit noire et on attend, tous ensemble, au bord de la route pour ranger les instruments dans le camion. On rit, on chante, on se frotte les yeux et le petit vent trop frais pour la saison passe entre nous et nous rappelle qu’on a joué longtemps, que nos bras sont raides, que nos jambes sont lourdes. Et posée contre l’épaule d’un autre, un frisson de fatigue me serre les côtes et fait trembler mes bras.

C’est tôt. Trop tôt en ce matin d’octobre. Ma couette, lourde sur mon dos me protège du monde extérieur, de la réalité, de la journée à venir. Elle me garde au chaud sous ses plumes, me couve, me dorlote et me cache ce soleil qui pointe déjà ses rayons à travers la fenêtre ouverte. Et puis il faut bien que je me fasse violence et que je me lève. Alors je soulève l’édredon, je pousse sur mes bras et m’assied au bord du lit. Et encore dans les brumes, encore engourdie de sommeil, un petit frisson part du bout de mes orteils et persiste en remontant tout le long de mon corps, faisant fuir les dernières bribes de songes.

C’est janvier, le froid est mordant et ma gorge me brûle. Un millier d’aiguilles s’y sont logées. Chaque goulée d’air est une torture, ma tête tourne comme un manège, tous mes muscles me font souffrir. Chaque geste, chaque souffle demandent un effort douloureux. Au creux de mon canapé, sous ma couverture, ma peau est brûlante et pourtant mon corps semble plongé dans la glace. Un thé à la main, je grelotte et frissonne sous les assauts de la fièvre.

C’est mars, je suis seule dans l’appartement, il est tard, la lune me regarde à travers la fenêtre. Le film vient de finir et soudain le silence est presque palpable autour de moi. Pas une lumière,  pas un bruit hormis mes pas sur le parquet. Les portes entrouvertes bougent légèrement sur mon passage. Et je ne dois pas laisser mon imagination s’élancer sur le chemin de la crainte. Pourtant, je sens se dresser sur ma nuque mes petits cheveux au fur et à mesure où j’avance le long du couloir et un frisson de peur me secoue les épaules.

Septembre est de retour. L’été s’étire paresseusement, les après-midi sont encore chauds. Je sens ses mains caresser doucement ma peau, je sens ses doigts s’aventurer sous mon pull, soulever l’étoffe, je sens sa peau effleurer la mienne, je sens son visage tout prêt du mien, son souffle dans mon cou puis ses lèvres goûter les miennes. Et au creux de mon dos, doucement monte un frisson de désir.